Dimanche 7 novembre 2010
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[Article le plus consulté entre le 8 et le 22 novembre 2010]
Mme Eva Joly
a plusieurs fois dit son opposition au projet de Notre-Dame-des-Landes. Elle l'a fait une nouvelle fois dans le quotidien Libération du jeudi 4 novembre, sous la forme
d'une tribune co-signée par MM. Cohn-Bendit, Jadot et Orphelin. Mais c'est son nom que notre presse régionale met en avant, allez savoir pourquoi.
Rien à dire aujourd'hui sur l'argumentation : elle est sans surprise et toujours aussi contestable. Mais passons : beaucoup a déjà été dit dans ce blog
sur le sujet, et y sera redit à l'occasion..
Ce qui devient curieux et gênant, c'est le silence assourdissant de ces défenseurs de l'écologie sur le vrai dossier aéroportuaire français : celui de Roissy, et plus largement celui des grands aéroports parisiens, dont l'extension est
continue depuis cinquante ans.
Car c'est le problème central du transport aérien français, dont le projet de N.-D. des Landes n'est qu'une modeste tentative locale de
correction sans ajout de trafic, au contraire(1).
Pourquoi, en France et en France seulement, considère-t-on que l'essentiel du trafic aérien doit passer par la capitale
?
Le plus grand aéroport allemand est celui de Francfort, une agglomération équivalant à deux fois celle de Nantes. Et le second
est Munich, deux fois plus grande, à une heure de vol, dont le trafic atteint la moitié de celui de Francfort. Et il y en a d'autres. En France, la première plateforme aéroportuaire après celles
de Paris est celle de Nice, à deux petites heures de vol, Et son trafic dépasse à peine le dixième de celui de Paris !
Le passage par la capitale répond en France à trois logiques superposées :
. techniquement, à la logique du hub unique, comparable à celle d'une
gare centrale où passeraient toutes les lignes de transport urbain, augmentant en principe le nombre des correspondances et réduisant leur durée. On a fini par comprendre que ça posait
des problèmes dans les centres villes, qu'on perdait dans les bus ou les trams le temps gagné sur les correspondances, que les communications entre quartiers se faisaient plus
difficiles. En conservant une gare centrale, on a mis en place un "maillage" plus souple et finalement plus efficace. On peut, de même,
rationaliser en France un trafic actuel trop dispersé en bout de lignes en recourant à un ou quelques aéroports de concentration régionale dispensant le plus souvent possible de passer
par Paris.
. politiquement, à la logique de la centralisation : parce que Paris est la capitale, elle
doit être le centre du réseau aérien, comme elle est déjà le centre des réseaux routiers et ferroviaires, des réseaux financiers, culturels, d'information, politiques, administratifs, etc... En
ce moment même, les "réformes territoriales" de Sarkozy tentent même de revenir à marches forcées sur la timide décentralisation de 1982 ! La France éternelle n'est peut-être pas
la patrie des droits de l'homme, mais c'est sûrement celle de la centralisation, mère de beaucoup de problèmes (banlieues naufragées, quasi-déserts culturels, cumul des mandats, etc),
...et de beaucoup d'intérêts ;
. économiquement, à une logique de monopoles : les sociétés Aéroports de Paris et Air France sont
liées. Air France occupe en France, directement ou par filiales interposées, une position de quasi-monopole, et dispose à Roissy de conditions d'utilisation très privilégiées destinées
précisément à servir son projet de méga-hub. Autour de ces géants fourmillent de nombreuses activités économiques (transports, hébergement, lieux de congrès, surfaces
commerciales, services de haut niveau, etc, qui représentent un pourcentage non négligeable du chiffre d'affaire de la région parisienne. Plus il passe de monde par les aéroports parisiens, plus
vite et plus fort tourne le jackpot ! Et les usagers du transport aérien français cotisent, cotisent, cotisent. Les projets de renforcement du méga-hub et de ses dessertes alignent les
euros par dizaines de milliards pour les dix prochaines années.
Alors, Notre-Dame-des-Landes est un petit concurrent possible, et un bon dérivatif.
Ça évite de parler du coût de Roissy et de la centralisation, des sujets sur lesquels on aimerait pourtant bien entendre Mme
Joly.
(1). Les voyageurs qui passeront par ND des Landes ne passeront plus par Paris et n'auront plus à s'y rendre ni à en revenir, souvent par avion, ce qui est à la
fois plus coûteux, plus long et plus polluant (2 décollages) !
Illustration : maquette du projet de centre commercial Aéroville à Roissy - vue empruntée au site de la CGT
Roissy.