L'Assemblée nationale a fait un pas, en
votant unanimement ou presque l'inscription dans l'article 1er de la Constitution de la mention "Les langues régionales font partie de son patrimoine" (de la
République). Beaucoup pensaient à vrai dire qu'elles appartenaient même depuis longtemps au patrimoine mondial. Mais on connaît la formule : penser globalement, agir
localement... Alors nous saluerons le pas ...au terme du processus de révision de la Constitution.
Le principal problème posé par cette formule, c'est que personne ne peut dire ce qu'elle va permettre. Pour la ratification de la Charte des Langues régionales et un véritable statut des
langues (enseignement, usage public...), c'est évidemment l'article 2 qu'il faudrait réviser, et sa formule "La langue de la République est le français", votée aussi par une
écrasante majorité de parlementaires en 1992. Peut-être la République paiera-t-elle seulement des guides vacataires dans des
Parcs linguistiques régionaux pour faire visiter ces morceaux de patrimoine ?
Mais ne persifflons pas (ou pas encore). Le principal apport de cette mention, c'est la reconnaissance dans le Texte sacré de l'existence des langues régionales, dont la
plupart des Français ignorent tout après dix ou quinze ans de scolarité ! Et ça c'est une grande première !
La pratique, et d'abord celle du Conseil constitutionnel, nous apprendra vite les limites de la nouveauté. Les pouvoirs n'entendent toujours pas permettre à des minorités de revendiquer
des droits. C'est la première face du secret de l'innovation. L'autre, c'est la réponse à la question : comment des langues régionales, donc minoritaires, peuvent-elles être
reconnues sans reconnaissance de minorités ?
La logique française a quelque chose d'exotique...
Illustration : image Clippart.
A vous la parole