Une liste du "parti breton"
était présente le 7 juin aux élections européennes. Elle a obtenu 32 710 voix (2,45 %) sur l'ensemble de la Bretagne, dont 5 696 (1,50 %) en Loire-Atlantique. Si la
performance n'est pas négligeable, on peut s'interroger sur les perspectives qu'elle ouvre. La preuve est en effet faite depuis longtemps que sur la seule étiquette "bretonne" se retrouve
volontiers un pourcentage d'électeurs de cet ordre.
L'un des gros risques d'une telle "démonstration" est de réduire la perception du vote breton à celle des résultats d'un parti qui s'attribue le monopole de la bretonnité. Or, qu'on le
veuille ou non, les Bretons émettent des votes qui couvrent tout l'éventail politique, et les mouvements qui se présentent comme titulaires du "vrai" vote
breton ne facilitent pas forcément les prises de conscience qu'ils souhaitent. Quand on a entendu un maire annoncer "les Bretons font 1,35 %" - et ils sont des dizaines (au
moins) en Loire-Atlantique à s'être exprimé de la sorte - on comprend que le monopole de l'appellation est à double tranchant.
Un autre risque est d'induire les électeurs en erreur en leur faisant croire que ce "vote breton" échappe aux choix socio-politiques qui, aussi imparfaites que soient leurs appellations, sont
dans le monde entier la marque de la démocratie.
Le "parti breton" n'échappe pas à la règle. Sa tête de liste Émile Granville était le même 7 juin candidat au premier tour d'une élection cantonale à Redon. Il a obtenu
4,08 % des voix et le compte rendu d'Ouest-France en fait "le perdant de cette élection", reliant ce résultat (en net recul par rapport à ses résultats antérieurs) à son
ralliement au maire "centriste" Vincent Bourguet dont il est devenu l'adjoint en 2008. Les choses se sont encore éclaircies avec le ralliement de Granville audit Vincent Bourguet, également
soutenu par l'UMP, pour le second tour. Il est des situations où le discours "ni droite ni gauche" devient transparent, et le candidat du parti breton n'améliore pas vraiment la cohérence de
son discours en justifiant notamment son désistement par le fait que l'élection de son maire au conseil général ne changerait pas la majorité de ce dernier...
Pendant ce temps, le candidat UDB soutenu par les Verts, Jean-François Lugué, créait la surprise en obtenant 11,62 % des voix, se désistait comme annoncé pour le
candidat socialiste, lequel enlevait le canton à la droite locale, malgré la débâcle "européenne" de son parti. La démarche a été claire d'un bout à l'autre. C'est ce qui compte à terme.
A vous la parole