La diabolisation du projet d'aéroport de
Notre-Dame-des-Landes trouve peu à peu ses limites avec la mise en avant des possibilités de réduction du nombre des doubles décollages/atterrissages imposés aux usagers par l'organisation
actuelle du trafic en France. Le débat étriqué entre aéroport des villes (Château-Bougon) et aéroport des champs (Notre-Dame-des-Landes) commence timidement à s'étendre
aux liaisons avec Paris. Encore un effort et, à propos de bonnes terres sacrifiées, de rêves pharaoniques et de pollutions, on en viendra à s'intéresser aussi à Roissy,
qui ne cesse de s'étendre (on construit Roissy 3) après s'être ajouté à Orly (1 et 2), eux-mêmes
successeurs du Bourget..., tout cela depuis la mise en service de Château-Bougon. Voir la
vidéo d'un reportage de 1959 sur le chantier d'Orly et celle d'un
reportage de 2004 sur le 30ème anniversaire de Roissy (archives
INA).
Admettre que la possibilité d'une diminution des doubles décollages dépend largement d'une meileure localisation des aéroports de départ devient maintenant une ligne de front. Il est
aujourd'hui de bon ton pour les opposants au projet d'affirmer que "ce ne sont pas les politiques qui font venir les avions, mais les compagnies". La formule était
dans un courrier de lecteur ces jours-ci ; on la trouvait déjà dans le dossier de l'ACIPA1. D'aucuns se réjouissent de la voir reprise
par deux pilotes, implicitement réputés par eux experts en trafic aérien (si tous les automobilistes étaient experts en trafic routier, cela se saurait !).
Mais, malgré son air d'évidence, la formule est creuse. Bien sûr, ce sont les compagnies qui font venir les avions, mais, sauf accident - c'est le cas de le dire
- elles les font toujours venir sur des aéroports voulus par les politiques !
Ce qui ne veut pas dire que tous les choix soient équivalents, également judicieux et promis à l'éternité.
Si Nantes-Atlantique (Château-Bougon) a atteint 2,7 millions de passagers en 2008, Lorient 215 000 et Angers-Loire (Marcé) 4 800 (pour une capacité de 50 000...), c'est évidemment parce
que les compagnies choisissent de faire venir leurs avions là où elles ont les meilleures chances de bien les remplir ! Et ces chances sont liées au nombre de passagers
susceptibles d'accéder rapidement à l'aéroport qui leur permettra d'atteindre leur destination dans les meilleures conditions. Les chances de Château-Bougon étaient évidemment meilleures que
celles d'Angers. Une localisation au nord de la Loire, où sont et peuvent être améliorées les liaisons routières et ferroviaires vers Quimper, Rennes et dans une certaine mesure Angers serait
meilleure que l'actuelle localisation au sud2.
On peut ne pas être d'accord sur le reste et être d'accord là-dessus.
(1). Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d'Aéroport de Notre Dame des
Landes.
(2). A l'éloignement plus grand du sud-Loire pour une majorité d'usagers potentiels s'ajoutent les inconvénients assez fréquents des approches de Nantes, de l'encombrement du
périphérique à certaines heures et du franchissement de la Loire (exemple).
Illustration tirée du site de Nantes-Atlantique : l'aérogare de nuit.
A vous la parole