La fédération de Loire-Atlantique de l'Union Démocratique Bretonne prend acte des propos de Nicolas Sarkozy sur la réunification et la langue bretonne. Elle fait cependant remarquer que jusqu'à nouvel ordre, il est encore président de la République et que son parti détient la majorité à l'Assemblée Nationale. Il lui était donc facile de faire avancer le dossier de la réunification et de mettre en place une procédure qui ne fasse pas la part belle aux féodalités et aux intérêts politiciens. Il lui est toujours facile de donner une véritable protection juridique aux langues régionales.
Nicolas Sarkozy a démontré qu'il pouvait réformer avec force et détermination dés qu'il s'agissait de servir les intérêts des plus aisés. Il a parfaitement su étrangler les collectivités locales et les priver de leurs pouvoirs avec la réforme territoriale, votée l'année dernière par sa majorité. Qu'il se contente de paroles creuses et de promesses vides dés qu'il s'agit de la Bretagne montre bien où se situent ses priorités.
Le responsable fédéral
Pierre Even
A la veille de la première guerre mondiale, qui allait éclater en août, on pouvait prendre au départ de Paris deux trains à destination du Croisic, un de jour, un de nuit. Les deux trains s'arrêtaient au Mans, à Sablé, à Angers et à Nantes.
Le train rapide de 9 h 25 partait de la gare Montparnasse. A 12 h 24, il arrivait -
en premier arrêt - au Mans, d'où il repartait à 12 h 33 pour Sablé (13 h 10 - 13 h 15), Angers (14 h 05 - 14 h 31), Nantes (15 h 26), Saint-Nazaire (16 h 52) et enfin Le Croisic où il s'arrêtait
en gare à 17 h 55. Soit un parcours total de 8 heures 30 minutes, à la vitesse moyenne de 57,6 km/h.
Le train de nuit partait à 22 h 11 de la gare des Invalides. Il arrivait au Mans à 1 h 45 et s'arrêtait à Sablé (2 h 41), Étriche-Châteauneuf, Ecouflans, Angers (3 h 53), Nantes (5 h 40), Saint-Nazaire (7 h 23), le voyageur frais et dispos (!) débarquant au Croisic à 8 h 36, après 10 h 25 de trajet à la vitesse moyenne de 46,8 km/h.
Un autre train de jour, train express de 1ère classe, quittait la Gare des Invalides à 11 h 30 et n'allait pas au-delà de Saint-Nazaire, où il arrivait à 21 h 17 après dix autres arrêts sur un trajet de 9 heures 47 à la vitesse moyenne de 47 km/h.
Pour Nantes - où il arrivait à 6 h 00 - mais surtout pour quinze autres gares auparavant, on pouvait changer de train de nuit au Mans à 2 h 00, ce qui permettait par exemple de débarquer à Saint-Mars-la-Jaille, Pannecé, Riaillé, Teillé, Mouzeil, Ligné, Saint-Mars-du-Désert, Carquefou ou Doulon entre 4 h 35 et 5 h 49.
Quel progrès par rapport au cheval !
L'horaire de 1932 ne montre pas d'amélioration notable. Les prestations sont comparables vers Rennes, Brest, Quimper ou Saint-Malo (nous y reviendrons sûrement).
Il faut bien noter au passage que c'est dans ce contexte qu'ont été créés les aéroports bretons en service aujourd'hui : ils permettaient d'abord d'aller plus vite à Paris, à partir de chacune des villes d'une certaine importance. Pour les autres destinations, le passage aérien par Paris était aussi un progrès. Alors que c'est aujourd'hui un boulet à traîner au profit de l'environnement économique et financier des plateformes parisiennes.
Illustration (la photo n'est pas d'époque) : locomotive Fives-Lille mise en service à partir de 1910.
Documentation sur les horaires : site http://bcprioult.free.fr/europeoccidental/index.html
Le graphique ci-dessus représente la durée moyenne de trajets aller et retour entre Nantes, Brest, Rennes et Paris le 7 octobre 2010. Les durées de trajet sont celles des premiers trains circulant à partir de 6 h du matin pour l'aller et de 18 h pour le retour (sauf lorsqu'un train plus tardif permet d'arriver plus tôt, ou si le dernier train de la journée part avant 18 h).
La priorité systématiquement octroyée à Paris dans le développement des transports apparaît ici dans ses effets : il faut nettement moins de temps pour aller à Paris de Rennes et surtout de Nantes que pour aller à Brest, géographiquement plus proche. Brest-Rennes se confondant avec Brest-Paris, et du coup mieux desservi, est beaucoup plus rapide que Brest-Nantes. Paris-Brest se fait en 4 h 58 (2 h 12 + 2 h 46), à peine plus longtemps que Nantes-Brest ! Et bien sûr, Nantes-Rennes (105 km par la route...) est à peine plus vite fait que Nantes-Paris (presque 400 km).
Ce privilège de la capitale, unique en Europe, la met de fait au coeur de toutes les régions, qui ont beaucoup plus de mal à communiquer entre elles ou, comme ici, à l'intérieur d'elles-mêmes. Ce qui est vrai pour le train est vrai pour la route, et la priorité également donnée aux plateformes d'Orly puis de Roissy reproduit le schéma pour le transport aérien, alors que des trajets internationaux directs - ou le choix entre plusieurs hubs - serait parfaitement possibles à partir d'un aéroport breton.
La mise progressive aux normes "grande vitesse" du trajet Rennes-Brest placera paradoxalement Rennes sur le trajet le plus rapide pour aller de Nantes à Brest ! C'est en effet déjà presque le cas avec les trajets actuels, quand la correspondance à Rennes s'opère dans de bonnes conditions. On ne saurait mieux montrer au passage comment le découpage des régions autour des routes de Paris a contribué à marginaliser Nantes dans l'espace breton.
Ne cherchons pas plus longtemps comment Paris en est arrivé à concentrer tant de population, d'activités et de richesses : cela se fait depuis deux siècles au détriment des villes intermédiaires et moyennes, concurrencées jusque dans leur proche environnement(1).
(1) : Lire sur ce point l'article du blog d'élu herblinois de M. François : "En 1800, Nantes était plus peuplée que Munich".
L'étoile de Legrand, c'est le nom du projet de réseau de chemins de fer centré sur Paris présenté officiellement en
1838 par le directeur général des Ponts et Chaussées de l'époque, Baptiste Legrand. On connaît le succès de l'idée - déjà ancienne
pour les routes - qui n'a cessé de prospérer jusqu'à nos jours au point de se confondre, dans beaucoup d'esprits, avec la logique même des transports en
France. Comment ne pas passer par Paris, auquel chacun veut être mieux relié par train, par route ou par avion, afin de sortir d'un enclavement que cette étoile, précisément, ne
dégèle qu'au profit de l'Ile-de-France, à laquelle elle offre l'unique accès rapide et général au reste de la France ...et du monde.
Le projet de Legrand a trouvé son expression législative dans la loi du 11 juin 1842, dont l'article premier commence ainsi :
Il sera établi un système de chemin de fer se dirigeant :
1° de Paris :
. sur la frontière de la Belgique, par Lille et Valenciennes ;
. sur l'Angleterre, par un ou plusieurs points du littoral de la Manche, qui seront ultérieurement déterminés ;
. sur la frontière de l'Allemagne, par Nancy et Strasbourg ;
. sur la Méditerranée, par Lyon, Marseille et Cette ;
. sur la frontière d'Espagne, par Tours, Poitiers, Angoulême, Bordeaux et Bayonne ;
. sur l'Océan, par Tours et Nantes ;
. sur le centre de la France, par Bourges.
On consultera utilement sur ce point le dossier de Wikipedia.
Frères Péreire en tête, la grande bourgeoisie édifiera des fortunes sur la réalisation et les effets de ce
projet tout au long des règnes de Louis-Philippe et de Napoléon III (pour rester bref).
Au cours du XXème siècle, l'aviation offre aux régions la possibilité de se dégager de la contrainte des itinéraires gravés dans le sol. Les aéroports fleurissent, notamment en Bretagne. Mais la centralisation a généré des habitudes et des contraintes : c'est surtout pour arriver plus vite à Paris qu'on décolle de Guipavas, de Saint-Jacques ou de Château-Bougon.
Depuis quarante ans, le projet de Notre-Dame-des-Landes traduit le besoin de desserrer la nasse renforcée par Orly, puis Roissy et le TGV, et de rapatrier le trafic direct qui peut l'être autour d'un site plus accessible que Château-Bougon.
Avec un aveuglement proprement sidérant, c'est à ce projet qu'une écologie paresseuse adresse les griefs d'un coût élevé, de terres sacrifiées, d'un débat insuffisant. Pas un mot sur les meilleures terres de France sacrifiées à Roissy. Pas un mot sur le coût économique et social de la centralisation. Pas un mot sur les économies de carburants liées à la réduction ou la suppression des pré et post-acheminements.
Et qui a jamais demandé un débat public sur les finalités, les moyens et le coût de cette centralisation paralysante ?
Au contraire, on voit avec surprise des régionalistes convaincus se réjouir à l'idée que des TGV affrétés par Air France permettraient de développer durablement en trois dimensions l'étoile de Legrand ! Hormis Notre-Dame-des-Landes, tout semble gratuit...
A Roissy et autour, on se frotte les mains, on ouvre de nouveaux terminaux, on agrandit les surfaces commerciales, on construit
de nouveaux hôtels, on imagine de nouvelles liaisons urbaines, on applaudit l'entrée en bourse d'Air France, la santé florissante d'Aéroports de Paris, on ne cache pas la part
confortable du transport aérien et de ses annexes dans le chiffre d'affaires de l'Ile-de-France...
Mais ici, on se donne des objectifs de Père Goriot(1) : pas un sou régional pour changer ce monde parfait ! Transformation écologique ou nécrologique des régions ?
(1) un roman de Balzac dont la parution coïncide justement avec le tout début des chemins de fer en France !
Illustration du haut : buste de Baptiste Legrand dans l'antichambre de la bibliothèque de l'Ecole des Mines.
Illustration du bas extraite du site Worldmapper : surfaces des régions en proportion de leur population.
[L'article le plus consulté entre le 26 avril et le 24 juin 2010]
La presse (ci-dessus Ouest France PdL du 18 mai) se fait l'écho de la feinte colère du président de la circonscription des Pays de la Loire à l'occasion de la première réunion de la commission permanente du nouveau conseil régional.
Feinte colère ? Pas parce que les propos d'Auxiette sont dénués de justesse : il y a effectivement en France, aujourd'hui, une offensive sans précédent contre la timide décentralisation de 1982, et notamment contre les compétences et les moyens des "régions", qui perdent l'autonomie fiscale et la "compétence générale" (capacité d'agir dans des domaines qu'elles estiment d'intérêt régional, même si la loi ne le prévoit pas expressément).
Le pouvoir central entend de surcroît modifier le mode de désignation des membres de leur conseil. Des élections sur le modèle des actuelles cantonales égareront dans le puzzle d'un miroir cassé tout vrai débat sur la région et son avenir.
Mais de quoi se plaint le président PS, élu d'une circonscription dessinée par l'Etat contre l'avis des populations, membre d'un parti qui s'est refusé à franchir de nouvelles étapes sur la voie de la décentralisation, et à remettre en cause le découpage qui casse les solidarités territoriales au profit des parcours Paris-Province ?
Que M. Auxiette et ses amis se posent donc la question : y a-t-il en Europe un seul autre Etat que la France où les pouvoirs
locaux peuvent être traités avec tant de désinvolture et de mépris ? Imaginent-ils Anjela Merkel décider tout à trac dans
son bureau de réduire les pouvoirs et les moyens des régions allemandes ?
Des régions comme les "Pays de Loire" ou la "Bretagne" à quatre, par leur axe parisien et leurs moyens minuscules, n'ont pas été instituées pour représenter des populations et les mobiliser autour de projets débattus par elles, mais pour passer le balai et le plumeau dans le 22 pièces du propriétaire.
Sarkozy est dans la droite ligne du projet jacobin, auquel il doit le pouvoir.
Illustrations : En haut, coupure d'Ouest-France (18 mai 2010) - En bas, une représentation de la France en fonction de la répartition spatiale de sa population (site Worldmapper).
A vous la parole