Intervention de Pierre Even au Conseil Municipal du 3 décembre 2010
Monsieur le Maire, chers collègues,
Mes collègues et camarades Alternatifs » m'ont permis de parler de l'UDB au début de notre intervention commune.
L'Union Démocratique Bretonne avait, en son temps, exprimé publiquement le souhait de voir le nom d'Aimé Césaire donné à un des ponts de Nantes. On lui a préféré le président Léopold Sédar Senghor. C'était aussi un excellent choix.
Aujourd'hui nous avons l'occasion d'honorer Aimé Césaire dont le portrait orne le hall de l'accueil public de l'Hôtel de Ville. Aimé Césaire tient une place particulière, pour nous autonomistes de gauche. S'il a été un poète, en effet, il a aussi été un homme politique, un député et un maire. Il a fondé en 1958 le Parti Progressiste Martiniquais, avec lequel nous avons des relations fraternelles et dont les préoccupations répondent singulièrement aux nôtres.
Aimé Césaire refusait, tout comme nous, de s'engager dans l'aventure indépendantiste, considérant que la prise en main, par le peuple Martiniquais, de ses propres affaires, pouvait se faire dans le cadre de la République. En 1967 il réclamait une assemblée délibérante martiniquaise souveraine dans un certain nombre de domaines, et un exécutif martiniquais.
Au delà de son action politique – Aimé Césaire a été maire de Fort-de-France – il a travaillé à redonner confiance en lui-même au peuple Martiniquais, et à travers lui à l'ensemble de la diaspora africaine.
L'affirmation de soi prônée par Aimé Césaire n'est ni un racisme à l'envers ni un enfermement dans une culture locale soi-disant pure. C'est l'affirmation d'un être différent et la revendication d'une place à part entière dans la communauté des peuples.
Je veux, avant d'approuver cette délibération au nom du groupe Alternatifs-UDB, laisser la parole à Aimé Césaire lui-même parlant du pseudo-universalisme de domination dans son « Discours sur la Négritude » écrit en 1987 :
« Je veux parler ici de ce système de pensée ou plutôt de l'instinctive tendance d'une civilisation éminente et prestigieuse à abuser de son prestige même pour faire le vide autour d'elle en ramenant abusivement la notion d'universel, chère à Léopold Sédar Senghor, à ses propres dimensions, autrement dit, à penser l'universel à partir de ses seuls postulats et à travers ses catégories propres. »
Je vous remercie de votre attention
Beaucoup de militants UDB regretteront de ne pas pouvoir participer - ou trop peu, pour cause d'assemblée fédérale préparatoire au Congrès - à ce colloque signalé par notre ami Jean Guiffan, dont le programme s'annonce passionnant tant pour l'Histoire que pour l'actualité.
Nous vous laissons en découvrir l'annonce ci-dessous, et le programme en cliquant sur cette même image.
Ne manquez sous aucun prétexte la conférence-débat organisée sous ce titre le mercredi 13 octobre à Nantes par le centre d'histoire du travail
et les éditions Skol Vreizh(1) !
Cette conférence-débat sera animée par Claude Geslin et Jean-Jacques Monnier, historiens reconnus du mouvement ouvrier et de la Bretagne, qui sont deux des auteurs de la toute récente Histoire d'un siècle - Bretagne 1901-2000 publiée aux éditions Skol Vreizh.
Cet ouvrage collectif illustre notamment la place de la Loire-Atlantique dans les grandes évolutions qui ont profondément transformé la Bretagne au cours du siècle dernier.
C'est à 20 h 30, au 2 bis bd Léon Bureau (bâtiment Ateliers et Chantiers de Nantes). Renseignement : 02 40 08 22 04 ou contact@cht-nantes.org.
Vous pouvez aussi cliquer sur la couverture du livre, ci-contre, pour en savoir un peu plus, notamment sur les deux conférenciers.
(1) : Voir le Site de Skol Vreizh (catalogue, vente en ligne) : http://skolvreizh.com/home.php
Il y a 70 ans, Lluis Companys, Président de la Catalogne, était arrêté par
la Gestapo à La Baule (Bretagne) avant d'être fusillé par les franquistes à Barcelone
Le 13 août 2010 marque le 70ème anniversaire de l’arrestation de Lluis Companys par la Gestapo à La Baule. Le Président de la Catalogne en exercice depuis 1934 y avait trouvé refuge, contraint à l’exil par la victoire des troupes franquistes. Il avait ainsi rejoint en Bretagne un nombre important de républicains, notamment catalans et basques.
Leader du parti Esquerra Republicana de Catalunya (Gauche républicaine de Catalogne), 2ème président de la Catalogne élu au suffrage universel, Lluis Companys aura démontré un très grand courage tout au long de sa carrière militante. Plusieurs fois emprisonné pour délit d’opinion sous la dictature militaire qui précéda la 2ème république espagnole, il ne renonça jamais à ses convictions. Le jour de son exécution à Barcelone, le 15 octobre 1940, il refusa qu’on lui bandât les yeux et tomba sous les balles franquistes en criant « Per Catalunya ! » (Pour la Catalogne !).
Si d’autres responsables politiques ont été victimes de la barbarie nazie et de leurs complices (en France on pense notamment au ministre Georges Mandel assassiné par la Milice française), Lluis Companys est le seul chef de gouvernement qui, au cours de la seconde guerre mondiale, aura payé de sa vie son engagement pour la démocratie. Le 13 août à La Baule un hommage officiel sera rendu à la mémoire de Lluis Companys, en présence du vice-président en exercice du gouvernement catalan, Josep Lluis Carod Rovira, lui-même membre du parti dont Lluis Companys fut le leader. A cette occasion une plaque commémorative sera apposée dans l’avenue de Ploermel, près de la maison où le président catalan avait trouvé refuge. Je salue ceux qui par leur initiative ont permis cet hommage officiel, en particulier le CREDIB (Centre de Recherche et d’Etude de l’Identité Bretonne) de Saint-Nazaire, l’Institut Culturel de Bretagne et la Ville de La Baule.
Communiqué : Christian GUYONVARC’H, ancien vice-président du Conseil régional de Bretagne chargé des affaires européennes et internationales
Illustration tirée de : www.fsancho-sabio.es/
[Article le plus consulté entre le16 et le 23 juin 2010]
Tel que suggéré par son titre, le contenu de cet article ne tiendrait évidemment pas dans le cadre limité de ce blog.
Son objet est de laisser la parole à l'Histoire. En l'occurrence à l'écho de deux voyages du général de Gaulle en Bretagne.
Le premier est celui de juillet 1945, qualifié de "visite d'amitié en Bretagne". Le général,
qui était venu à Nantes en janvier remettre au maire Clovis Constant les insignes de Compagnon de la Libération attribués à la ville, et n'ignorait donc pas l'importance et l'organisation de la Résistance en Bretagne, visite cette fois Brest, Douarnenez, Saint-Brieuc,
Lorient et Saint-Nazaire. Voir la vidéo de l'INA. On voit le général, on
n'entend que le présentateur des actualités, pour qui la bretonnité de la Loire-Inférieure n'est pas une question.
Le second est celui du 10 septembre 1960, dont Presse-Océan de ce 18 juin - citant de Gaulle - rappelle sans ambigüité l'esprit (Voir coupure ci-contre).
Ce qui suit - la déconcentration Debré dans le cadre régional actuel et ses suites - n'appartient à l'Histoire que par la contestation qu'elle soulève cinquante ans après.
L'affection particulière que porte la France à la Bretagne s'avère plutôt mutilante, et ses jeux de langue étouffants !
La Bretagne a perdu une bataille...
Du 16 septembre au 13 décembre
2009, les Archives départementales de Loire-Atlantique présentent au public vingt-sept parmi les quatre mille et quelques documents qui constituent les archives des Ducs de
Bretagne, pour la période qui court de 1153 à la mort d'Anne de Bretagne en 1514. De ce fonds, Léon Maître, archiviste départemental de Loire-Inférieure de 1871 à 1910, écrivait que
"au point de vue historique, il n'existe pas de fonds plus précieux dans les dépôts des cinq départements bretons".
Ces archives, surtout au début, mélangent documents privés et documents publics, mais soutiennent toujours l'intérêt.
Parmi les pièces exposées, citons :
. la recommandation au duc Jean IV par le pape Grégoire XI, en 1378, de Thibaud de Malestroit promu évêque de Tréguier. Cette recommandation illustre
le droit obtenu par les ducs de Bretagne d'agréer les évêques nommés dans le duché avant leur prestation de serment (photo du
haut).
. l'acte de constitution en 1386, par Charles II de Navarre, de la dot de sa fille Jeanne, qui allait épouser le duc Jean IV, 44 ans, deux
fois veuf d'épouses anglaises qui le laissaient sans héritier. L'union des deux familles s'expliquait notamment par une méfiance partagée envers le roi de France. Jeanne allait remplir amplement
son contrat, en mettant au monde neuf enfants, dont quatre fils, avant de fermer la boucle en épousant, devenue veuve à son tour, Henti IV d'Angleterre.
. le procès verbal officiel des propos échangés en 1458 par François II et Charles VII, roi de France, qui lui réclame - vainement - de lui
faire hommage lige (soit, à peu près, de reconnaître à genoux sa vassalité).
. la bulle du pape Pie II créant en 1460
la première Université de Nantes. Fruit des excellentes relations entre François II et la papauté, cette création devait permettre à la
Bretagne d'améliorer la formation et la cohésion de ses élites (photo du bas).
. la confirmation en 1500 par le pape Alexandre VI, à la demande expresse de la vigilante Anne de Bretagne, reine de France pour la deuxième fois depuis un an, de
tous les privilèges accordés précédemment à la Bretagne
Olivier de Clisson ?
Lequel des cinq ? La famille tient une grande place dans l'histoire de la Bretagne, jusqu'à la mauvaise manière faite par Marguerite de Penthièvre - fille du dernier Olivier - au duc Jean
V, qu'elle retînt prisonnier en 1420 à Champtoceaux, après l'y avoir invité. Les Clisson y perdront jusqu'à leur imposant château, donné par Jean V à son frère
Richard.
C'est ainsi que naquit au château de Clisson le futur duc François II, fils de Richard et père d'Anne.
La belle exposition associative organisée du 25 juillet au 20 septembre 2009 à l'espace culturel Saint-Jacques (Clisson au temps des Ducs de Bretagne, voir agenda) permet notamment de découvrir à quel point François II fut un enfant du pays. De découvrir aussi sa légèreté personnelle et politique,
qui précipita assurément la fin de l'indépendance. Ne manquez pas cette exposition, bien documentée et agréable à parcourir (entrée gratuite).
Clisson, c'est aussi une reconstruction étonnante après les destructions de la Révolution. La ville prend, avec François-Frédéric Lemot et François Cacault, un style italien qui
s'intègre remarquablement aux vallées un peu encaissées de la Sèvre nantaise et de la Moine, qui s'y rencontrent, et à leur heureux climat. Curieusement, à en juger d'après une
gravure ancienne, le nouveau paysage urbain ne paraît pas très éloigné de l'ancien. Le plan général du bourg, il est vrai, a été respecté.
Lemot aménagea aussi à l'italienne, en bordure de la ville mais sur la commune de Gétigné, la
grande propriété dite aujourd'hui de La Garenne Lemot, acquise par le Département. La
"maison du jardinier" (photo ci-contre), qui abrite aujoourd'hui l'accueil et des expositions, plairait à plus
d'un comme résidence principale ou secondaire ! Les sculptures et autres oeuvres néo-antiques semées dans le parc sont plus discutées.
La Bretagne n'est pas présente que dans l'histoire ancienne de la ville : le collège Cacault a connu au début des années 1990 une forte demande d'enseignement du breton (jusqu'à 40 élèves, qui dit mieux plus au nord ?). L'Education nationale n'a pas vraiment encouragé la filière. Clisson compte aussi un cercle celtique
(baptisé Olivier de Clisson, evel just). Et l'association organisatrice de l'exposition enregistre avec satisfaction les félicitations souvent accompagnées de déclarations d'amour
ou d'intérêt des visiteurs pour la Bretagne.
Le diaporama sur Clisson (cliquez sur la vignette en haut de la colonne de droite) propose quelques vues des endroits évoqués dans cet article.
>>> Dans le cadre de vos projets "Histoire", n'oubliez pas l'exposition organisée par le département sur les Marches de Bretagne et leurs forteresses. Au château
départemental de Châteaubriant, jusqu'au 3 octobre 2010 (voir notre article du 6 juin).
Première réalisation d'un grand projet
"historico - touristique" initié par le Département de Loire-Atlantique en lien avec la Région "Bretagne" (B4), une exposition sur les Marches de Bretagne sera ouverte du 25
juin 2009 au 3 octobre 2010 au Château de Châteaubriant (propriété du Département). Entrée libre.
"La ligne frontière des Marches de Bretagne, rappelle le document de présentation, fut pendant plusieurs siècles à la fois une voie de passage fréquentée,
un lieu de rencontres diplomatiques et de fructueux échanges culturels, économiques et sociaux, et le théâtre de violents affrontements entre les ducs de Bretagne et les rois de
France".
La coopération sur ce projet entre le Conseil général de Loire-Atlantique et le Conseil régional du reste de la Bretagne, très rapidement retenue dans le cadre de la Commission mixte B4/CG44,
trouve dans la mise en lumière et en valeur de ce pan riche et méconnu de notre histoire un sens particulièrement fort. Ne manquez pas la visite !
Le vernissage de l'exposition sera notamment marqué par des allocutions des présidents Patrick Mareschal et Jean-Yves Le Drian.
Dates et heures d'ouverture de l'exposition : cliquer ici.
Le 1er juin
1794, au large de Brest, 170 navires chargés de blé d'Amérique s'apprêtent à débarquer sur les côtes françaises leur cargaison très attendue. Ils sont protégés par une
escadre courageuse, mais peu expérimentée, commandée par l'amiral Villaret de Joyeuse, l'un des rares officiers de son rang à n'avoir pas émigré. L'escadre fait difficilement face à un adversaire
anglais plus nombreux et bien entraîné. Le blé passe, mais l'escadre sort de l'affrontement dans un état pitoyable.
Le pouvoir révolutionnaire mal informé se saisit de récits de bravoure "à la française", comme celui qui évoque la fin du navire "Le Vengeur", dont l'équipage refusant de se
rendre et de quitter le navire gravement touché aurait sombré en criant " Vive la Patrie, Vive la République ! ".
En fait, le capitaine du Vengeur, jugeant le navire perdu et le combat inutile, s'était rendu aux Anglais dont les chaloupes purent sauver 400 des marins de l'équipage, qui furent retenus
prisonniers quelques mois puis libérés. Leur retour en France apporta un murmure d'information plus juste sur la fin du navire, mais personne ne tenait vraiment à rectifier la glorieuse
histoire et, depuis 1794, le Vengeur continue de rendre service à la France éternelle.
Illustration (photo MF) : une sculpture représentant la fin du Vengeur orne le pied d'un des piliers intérieurs du Panthéon.
Sources : voir notamment le site de la revue d'Histoire Hérodote.
Nicolas Sarkozy fêtera bientôt le
deuxième anniversaire de son élection à la présidence de la République. Au hasard d'une consultation d'archives nous revient en mémoire une autre élection, celle de François Mitterrand en 1981.
Rappelez-vous , c'était le 10 mai...
Le candidat socialiste avait tenu à Lorient le 14 mars des propos qui étaient allés droit au coeur de nombreux Bretons. Nous vous proposons ici l'extrait de ce discours dans
lequel il affirme le droit à la différence. Le candidat ne manquait pas de souffle, même si la suite a montré qu'il ne manquait pas d'air non plus...
Dans un numéro spécial, titré Bretagne socialiste, l'hebdomadaire Le Rappel du Morbihan avait présenté les propositions
socialistes pour la Bretagne, sous le patronage de François Mitterrand et des élus socialistes des cinq départements1. C'est de ce numéro que nous
avons extraits les propos tenus à Lorient par le candidat.
Depuis lors, un certain nombre de socialistes de Loire-Atlantique et d'ailleurs ont appliqué à leur profit le droit à la différence : ils ont changé de discours et parlent
maintenant du risque identitaire ! Ils ont oublié Emile Masson comme Charles Brunelière, Henri Gautier et bien d'autres, et contrairement à eux, affectent d'associer l'idée de
Bretagne à celle d'Ancien Régime et de conservatisme.
Avantage à Mitterrand sur le droit à la différence : lui a été élu président...
1. dont Joël Batteux, Claude Evin, Edmond Hervé, Jean-Marc Ayrault...
A vous la parole